L’Open Space m’a tuer

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Titre : L’Open Space m’a tuer
Auteurs : Alexandre des Isnards et Thomas Zuber
Genre : Essais
Editeur : Hachette Littérature
Année d’édition : 2008
Nombre de pages : 210

Présentation de l’éditeur :Ils ont fait de bonnes études, occupent des postes à responsabilités dans des entreprises prestigieuses, auront demain les clés de l’économie française… et pourtant, les jeunes cadres sont au bord de l’explosion. Dans les années 1980, ils étaient prêts à tout pour réussir. Aujourd’hui, ils prennent leurs RTT, refusent des promotions et pensent que la vraie vie est ailleurs. Fin des hiérarchies, tutoiement, flexibilité, mobilité, nouvelles technologies : sur le papier, les nouvelles méthodes de management font rêver. Mais passé l’enthousiasme des premières semaines, elles carbonisent vite les jeunes recrues. Tendinite du BlackBerry, malaises vagaux dus au stress, manque de reconnaissance d’une jeunesse en “mode projet”, départs pour des ONG de surdiplômés : dans des saynètes truculentes, on découvre les souffrances et les désillusions de la génération open space. Jusqu’à présent, elle continuait à faire bonne figure. Avec ce livre, elle décide d’ôter le masque.

Commentaire : Voici un livre qui m’a attirée à lui dès le titre. J’ai trouvé le clin d’oeil du titre accrocheur. Et jeune diplômée active qui vient de vivre ses premières expériences dans le monde de l’entreprise et ses désillusions, j’ai tout de suite eu envie de lire ce livre. Voir ce qu’il avait à dénoncer, si je m’y retrouverais, si ça me ferait rire. Je suis donc partie avec des ondes plutôt positives pour cette lecture et l’enthousiasme m’a gagnée dès les premières pages.
Sauf que cet enthousiasme a duré deux chapitres, tout au plus. Si les premières anecdotes vous plantent le décor et vous arracheront quelques sourires amusés, très rapidement le tout se révélera plutôt insipide, lassant et creux. Cet ouvrage pourtant présenté comme le “livre choc” qui “lève le voile sur ce qui se passe vraiment” et “fait tomber les masques” n’est juste que le pur produit marketing des deux fameux cadres qui l’ont écrit. Beaucoup de phrases accrocheuses pour pas grand-chose entre les pages cependant. Si les anecdotes décrivent bien l’absurdité du monde du travail actuel, ses faux-semblants, ces coups bas et le stress qu’il engendre, il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard, rien de ce qu’on ne savait déjà.
Je pense pourtant qu’on peut aller nettement plus loin dans la critique et que là, le sujet a été survolé pour ne pas dire bâclé. On se trouve face à une succession d’anecdotes (qui ne suivent pas, chaque chapitre présente le profil d’un cadre, sa situation professionnelle et de petites déceptions qui lui sont propres) qui ne sont ni passionnantes (wouaw, unetelle a eu une tendinite au bras car elle était accro à son BlackBerry, ÇA c’est une vérité choc dite donc), ni toujours bien écrites. J’ai eu en effet un peu de mal avec le style d’écriture adopté, peu harmonieux. On passe d’un ton qui se veut sérieux et porteur de vérités cachées pour passer à un ton potache sans aucune transition. Une des choses qui m’a le plus gênée est cette volonté de vouloir changer les noms des entreprises (ce qui est normal) en de vulgaires jeux de mots de bas étages. Ainsi, Christian Dior devient “Christian Dort”, Hermès devient “Herpès”, Citroën devient “Citron” ou encore Universal “Univers-sale”. Si le livre entier avait été écrit sur un ton potache et vendu au rayon humour pour rire de l’absurdité du monde du travail, je ne critiquerais pas, mais là pour le coup ça donne juste un côté infantile qui ne sert pas réellement la cause du livre. À être entre deux styles, tantôt sérieux tantôt carambar, le rendu final m’a été plutôt indigeste. Cet ouvrage tient toutefois sa promesse dans le fait qu’on se retrouve – soi ou ses collègues – à plusieurs reprises et nous présente en gros le fonctionnement (et dysfonctionnements…) du Néo-Management. Malgré mon avis plus que mitigé, je vous laisse avec un extrait qui, je crois, met pourtant en valeur cette petite déception.

Extrait :

Mais la comédie humaine a de nouveaux codes et la première des choses à apprendre quand vous arrivez dans l’open space, c’est… d’avoir l’air toujours débordé.
En Allemagne, lorsque vous êtes dépassé, c’est que vous êtes mal organisé. En France, c’est une marque de distinction. Sachez donc que, pour être tranquille, il faut avoir l’air sous l’eau.
Les pros de l’organisation, des process et du reengineering doivent paraître débordés.
Le jeune cadre qui veut se donner de l’importance effectue des allers-retours dans l’open space en parlant tout fort, le portable collé à l’oreille. Il s’assoit négligemment près de votre bureau et ne vous prête aucune attention. Mufle ? Non, car il a compris, ou c’est inné, qu’un jeune cadre n’a jamais le temps de se poser. Son leitmotiv : “Je suis full, je suis charrette.”
Ayez toujours l’air pressé. Courez dans les couloirs avec un dossier sous le bras de préférence, même si vous allez aux chiottes. Réapprenez au plus vite tout ce que votre mère vous a défendu pendant votre enfance. Claquez les portes, raccrochez violemment le téléphone quand il est nécessaire de paraître en colère. Si vous recevez un appel perso, répondez : “Je te rappelle plus tard, car là, je suis sur un truc chaud !”
A votre retour de vacances, participez au concours de celui qui a reçu le plus d’e-mails en vous exclamant d’un air faussement ennuyé : “Putain, 350 emails !”, et passez votre journée à effacer les newsletters et les messages perso. En fin de journée, balancez à l’open space un : “J’ai l’impression qu’il va encore falloir que je vienne aux aurores !” Si vous êtes resté tard, n’oubliez pas d’envoyer un e-mail “Pour info” à votre supérieur, qui sera bien daté du 28 septembre à 23h12. En fin de semaine, partez avec votre ordinateur portable, même si c’est pour mater des DVD dans le train.

2 thoughts on “L’Open Space m’a tuer

  1. Mila

    Ah zut, le titre me parlait bien aussi! …. mais ce que tu en dis n’est vraiment pas encourageant, en particulier pour ce qui est du nom des entreprises, je pense que cela aurait vraiment tendance à m’agacer. Moi qui lis déjà assez peu en ce moment -je sais, je sais c’est mal…mais je me réserve pour ton roman … :p- je ne vais probablement pas aller chercher ce livre vu ce que tu en dis! Merci pour le ..euh..conseil? Enfin la mise en garde -même pas vraiment-… et surtout encore une fois: yay article \O/ J’attends que tu postes ton best-seller! Comme cela je l’imprime, je le fais publier et je me fais un max de pognon. Allez allez Mel!

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  2. Yuuki

    Ha ben flûte, j’aimais beaucoup le titre moi aussi. D’autant que j’ai un très très mauvais souvenir du travail en open space et ça m’aurait bien amusé de lire un truc humoristique et cynique la dessus. Mais pas un livre qui ne sais pas où il est entre humour et sérieux, je vais passer mon tour sur celui-ci ^^

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